On connaît la rue Cadillac, la station de métro Cadillac, l’automobile de marque Cadillac. Mais qu’en est-il du personnage venu en Nouvelle-France en s’attribuant le titre de «Lamothe, sieur de Cadillac»? Antoine de Lamothe, sieur de Cadillac, « Aventurier et visionnaire, son ascension et sa réussite dans la société de la Nouvelle-France lui attirent autant de soutiens que d'antipathies... » (sic)
Antoine Laumet
Antoine Laumet dit de Lamothe, sieur de Cadillac (1658-1730)
C’est le 5 mars 1658 qu’Antoine Laumet voit le jour à Laumont, bourg situé près de Saint-Nicolas-de-la-Grave, en Gascogne (France). Il est le fils cadet de Jean Laumet, avocat au parlement de Toulouse, et de Jeanne de Malenfant, fille d'un marchand et propriétaire terrien.
En vérité on ne sait presque rien de la jeunesse d’Antoine Laumet sauf qu’il est d’une intelligence peu commune et un homme très cultivé si l’on s’en tient aux propos de ses correspondances sur la théologie, le droit, l’agriculture, la botanique et la zoologie.
À son retour de Louisiane, Antoine Laumet dit avoir été cadet au régiment de Dampierre, à Charlerois, en 1675, officier au régiment de Clairambault et celui du régiment d’Albert, à Thionville, en 1677 et en 1682. Pourtant rien ne semble confirmer ses dires et tout ressemble étrangement aux engagements de François Laumet, son frère aîné.
On ne sait pas non plus ce qui amène le jeune homme de 25 ans à Port-Royal (auj. Annapolis Royal, N.-É.), en Acadie, en 1683. Tout semble nébuleux à ce sujet. Aucune liste maritime n’indique son embarquement sur un navire venant de la France. Il se présente alors sous le nom d’Antoine Laumet « de Lamothe, sieur de Cadillac » alors que ses parents sont de simples bourgeois. Pourquoi alors s’est-il forgé une identité qu’il n’avait pas vraiment dans son pays d’origine?
Tôt après son arrivée au Canada, Laumet devient corsaire sous les ordres de François Guyon dit Després. Avec la découverte d’un coffre caché par un pirate, Cadillac devient célèbre et le bras droit du flibustier. Les hommes protègent les côtes acadiennes des navires ennemis tout en s’appropriant leurs cargaisons. En 1684, ‘il participe à une expédition de M. de la Barre contre les Iroquois.’ De 1684 à 1687, Cadillac apprend les langues et les coutumes amérindiennes tout en sillonnant son nouveau pays.
Le 21 juin 1687, à la paroisse Notre-Dame de Québec, Antoine de Lamothe, écuyer, sieur de Cadillac et Marie-Thérèse Guyon, 17 ans, fille de Denis Guyon, marchand de Québec et d’Élisabeth Boucher, passent un contrat de mariage devant le notaire F. Genaple de Bellefonds. L’acte de mariage du 25 juin suivant, est le premier document affichant la nouvelle identité d’Antoine Laumet. Il signe tout simplement « Lamothe Launay ». Marie-Thérèse qui est aussi la nièce du flibustier François Guyon dit Després suit son mari dans ses déplacements. Ainsi leurs nombreux enfants naissent à Détroit et au Québec. Certains sites mentionnent jusqu’à treize enfants mais j’ai retrouvé la trace de seulement cinq enfants au Québec. Le PRDH Pour sa part nous en donne sept.
Judith, Marie-Madeleine et Joseph seraient nés entre 1688 et 1690. Antoine Lamothe naît le 25 avril 1692 et est baptisé le 26 avril 1692 à Notre-Dame de Québec. Il meurt aux Antilles le 23 août 1721. Jacques Cadillac, né le 15 mars 1695 à Québec, est baptisé le lendemain Notre-Dame de Québec. Pierre-Denis Delamothe naît le 12 juin 1699 et est baptisé le lendemain à Notre-Dame de Québec. À peine âgé d’un an, l’enfant décède le 4 juillet 1700 à Québec. Marie-Anne Lamothe est née et baptisée le 7 juin 1701 à Notre-Dame de Québec alors que son père est capitaine d’une compagnie d’un détachement de la Marine. Marie Anne décède deux jours plus tard, le 9 juin 1701 à Québec. Un enfant dont le nom m’est inconnu serait né et décédé en 1702 mais aucune trace… Marie-Thérèse naît le 2 février 1704 et sa sœur Marie-Agathe le 19 ou 29 décembre 1707 à Détroit. Il y aurait aussi Jean-Antoine (19 janvier 1707- 9 avril 1709) et François, né le 28 mars 1709. René-Louis Lamothe Cadillac, naît le 17 mars 1710, Ste-Anne de Détroit. Ce dernier meurt le 6 octobre 1714 et est inhumé à Notre-Dame de Québec, le 8 octobre suivant.
En 1688, Laumet de Lamothe obtient du gouverneur Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville (1637-1710), la concession de la seigneurie des Douacques (Bar Harbor, ville américaine de l’État du Maine). Le sieur de Cadillac n’occupera jamais cette concession qui ne peut rien lui apporter du côté agricole. En association avec des officiers de Port-Royal, Laumet fera du commerce et utilisera pour ce faire, le navire des fils Guyon.
À Paris, en 1689, Cadillac fait partie de l’entourage du ministre de la marine le marquis de Seignelay puis de son successeur Louis Phélypeaux de Pontchartrain. Ce dernier nomme Cadillac Officier des troupes de Marine et le recommande à M. Louis de Buade de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France. En Acadie, tous reconnaissent le mauvais caractère de Cadillac et des rumeurs circulent à l’effet qu’il a été « chassé de la France ». Toujours en 1689, après avoir fait une expédition à Boston, Cadillac sollicite, sans succès, un poste de notaire auprès de Louis-Alexandre des Friches de Méneval, gouverneur de l’Acadie. Dans la même année, De Lamothe monte à bord de la frégate L'Embuscade et part en mission le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre mais ‘des vents contraires obligent le navire à rentrer en France.’
A son retour à Port Royal en 1690, De Lamothe de Cadillac apprend que l'amiral anglais Williams Phips s'est emparé de la ville et a fait prisonnier sa femme, sa fille et son fils. Il réussit à les faire libérer en échange de prisonniers anglais. L’année suivante la petite famille part pour Québec mais leur navire est attaqué par un corsaire bostonnais qui s'empare de tous leurs biens. Maintenant établit, Cadillac est lieutenant dans les troupes de la marine.
En 1692, Pontchartrain envoie Cadillac en mission afin de préparer une attaque française sur les colonies anglaises. Cadillac et le cartographe Jean-Baptiste Franquelin partent en reconnaissance le long de la côte américaine. Au retour, Cadillac reçoit 1500 livres pour le travail effectué.

Explorations de Cadillac en 1694 et 1701
Le 16 septembre 1694, Cadillac prend le commandement du fort Michillimakinac (fort de Buade), poste de traite le plus important de la colonie. En sa qualité de commandant, il doit s’assurer que les tribus de l'Ouest restent les alliés de la France contre les tribus des Cinq-Nations, mais s’en occupe-t-il vraiment? Les tribus se tournent plutôt vers l’Angleterre. Malgré son absence à la maison, les affaires continuent de tourner. Cadillac a tout prévu. Il a donné une procuration à son épouse Marie-Thérèse afin qu’elle puisse signer les contrats d'affaires et les actes notariés. Au fort, Cadillac fournit de l’alcool aux tribus amérindiennes et pense surtout à s’enrichir. Très habile dans le commerce de la fourrure, Cadillac amasse une petite fortune. Un témoin dira même : « Jamais homme n'a amassé du bien en sy peu de temps et qui ait tant fait de bruit par les torts qu'en reçoivent les particuliers qui font les avances de ces sortes de traites. »
Dans la région des Grands-Lacs, Cadillac découvre le détroit qui relie les lac Huron et Érié en 1695 et l’idée d’y installer un nouveau fort germe dans son esprit. Quand, en 1696, le roi ordonne la fermeture de « tous » les comptoirs de traite de fourrures y compris celui de Michillimakinac, Cadillac rentre à Montréal avec une cargaison de 176 000 livres de peaux de castor!
Des idées fourmillent dans la tête de Cadillac. Il part alors pour la France pour présenter son nouveau projet : celui d’établir un nouveau poste de colonisation à Détroit. À Québec et Montréal, on s’y oppose. Les notables de ces deux villes importantes connaissent bien Cadillac et doutent de ses capacités à réussir cette entreprise. Cadillac pour sa part sait défendre ses idées devant Pontchartrain : « Il résulte de tout ceci que ce plan est bon ou mauvais. S'il est bon, il n'y a point à balancer de le faire exécuter. Choisissez ensuite un homme de tête et de main pour l'exécution sur les lieux ; et vous pouvez vous assurer qu'il réussira comme vous le souhaitez, malgré les secrètes difficultés qu'on y pourra faire. » Le roi donnera son approbation le 27 mai 1699.
En 1701, plusieurs administrateurs et marchands de la colonie sont toujours contre le projet de Cadillac. Malgré tout le 5 juin 1701, Lamothe de Cadillac et une centaine d’hommes incluant des habitants, des militaires et deux missionnaires, rejoignent Détroit afin d’y construire le fort Pontchartrain. Il est secondé par Pierre-Alphonse de Tonty, baron de Paludy (1659-1727). Son épouse, Marianne de Belestre, fille de Picoté de Belestre (de Montréal au Québec), vient rejoindre son mari en même temps que Marie-Thérèse Guyon de Lamothe. Tonty issue d’une famille italienne au service de la France, prend le commandement du Fort de 1717 à 1727. Impliqué dans de nombreux scandales il meurt sans jamais retourner en France.
Fait à noter, dès le XXe siècle, Détroit est le centre mondial de la production automobile. Principale ville du Michigan elle est située sur la rivière du même nom. Connue sous les surnoms de « The Motor City ou Motown », la ville restera française jusqu’au 29 novembre 1760 alors que les Britanniques occuperont le fort.
Accusé de trafic d’alcool et de fourrures, Cadillac revient à Québec en 1704 où il est emprisonné pour quelques mois. En 1705, il est blanchi et le roi lui redonne tous ses pouvoirs et lui accorde aussi le monopole du commerce des fourrures. Cependant deux ans plus tard, le commissaire Daigremont est chargé d’enquêter sur la conduite et les affaires de Cadillac. La preuve est faite que Cadillac commerçait les fourrures avec les Anglais.
&nb sp; En 1710, c’est la disgrâce pour de Lamothe de Cadillac car il est nommé au poste de gouverneur de la Louisiane. Un ordre de Pontchartrain le somme de rejoindre son poste immédiatement mais Cadillac n’obéit pas tout de suite. Il procède d’abord à l'inventaire général du détroit puis s'embarque avec sa famille pour la France en 1711. Une traversée très mouvementée amène Cadillac et sa famille au Fort Louis, en Louisiane, en juin 1713. Cadillac y prend la charge de gouverneur jusqu’en 1716.
Toujours dans le commerce Cadillac, accompagné de son fils, découvre une mine de cuivre en 1716, en Illinois. L’année suivante la famille Cadillac s’installe à La Rochelle, en France. Alors que Cadillac et son fils aîné vont à Paris, ils sont tout de suite arrêtés et emprisonnés à la Bastille pendant cinq mois. Ils sont accusés « avoir parlé contre le gouvernement de l'état et des colonies ». Libérés en 1718, Cadillac reçoit ‘la croix de Saint-Louis en récompense de ses trente années de loyaux services’.
Pour faire valoir ses droits successoraux, Cadillac reprend son nom véritable, soit celui d’Antoine Laumet et s’installe dans la maison paternelle. Vers 1721-1722, Antoine Laumet vend sa seigneurie du détroit au canadien Jacques Baudry de Lamarche. Il devient ensuite gouverneur de Castelsarrasin, près de son village natal. Antoine Laumet de Lamothe Cadillac, 72 ans, meurt « vers la minuit » le 15 octobre 1730 à Castelsarrasin. Son épouse Marie-Thérèse meurt en 1746, à l'âge de 76 ans.
Lors du bicentenaire de la fondation de Détroit, son nom est donné à la célèbre marque automobile américaine. Puis à l’occasion du tricentenaire, une statue est érigée en son honneur en la ville même de Détroit. À Montréal, La Commission des Monuments Historiques fait apposée une plaque sur l’édifice abritant le McDonald, rue Notre-Dame et Saint-Laurent. Cette plaque dit : « Ici vécut Antoine Laumet de Lamothe sieur de Cadillac (1658 – 1730), fondateur de Détroit, gouverneur de la Louisiane. »
Cadillac : Rue et Station de métro
La station de métro comme la rue, rend hommage à Antoine Laumet de Lamothe, sieur de Cadillac. Située sous la rue Sherbrooke, à l'intersection de la rue Cadillac, la station a une profondeur de 12,2 mètres. Elle est l’œuvre des architectes Longpré, Marchand, Goudreau, Dobush, Stewart et Bourke. Inaugurée le 6 juin 1976 et faisait partie du prolongement de la ligne verte jusqu’à la station Honoré-Beaugrand.
Ses deux édicules identiques sont érigés de part et d'autre de la rue Sherbrooke. Les matériaux utilisés sont le béton pour les murs et les plafonds, le granit principalement sur les planchers et l'acier inoxydable pour les kiosques de services, les balustrades et les mains courantes.
Des murales de l'artiste Jean Cartier composées de tuiles à motifs ovales où prédominent les jaunes du côté sud et les bleus du côté nord se retrouvent sur les murs des couloirs d'accès au niveau de la mezzanine.
Jean Cartier (1924-1996), artiste du métro Cadillac était natif de St-Jean-sur-Richelieu. Sa carrière de céramiste s’étend sur près de cinquante ans. Ses œuvres ont été intégrées à l’architecture de bâtiments, et des deux stations de métro Papineau et Cadillac. « Ses deux murales pour la station Cadillac sont composées de motifs ovales. Elles sont pourvues d’un mécanisme leur permettant de changer d’apparence à l’occasion. »
Centre d’intérêts à proximité
L'Institut de chimie et de pétrochimie du Collège de Maisonneuve est situé au 6220, rue Sherbrooke Est. Cet établissement de formation est spécialisé dans les procédés industriels. Ses étudiants convergent dans des secteurs aussi différents que ‘le raffinage, pétrochimie, gaz industriels, plastiques, colles, peintures, produits de nettoyage, produits chimiques, cosmétiques, pharmaceutiques, traitements des métaux, environnement, agro-alimentaire, traitement des eaux, production de vapeur, etcetera.’
L'Hôpital Grace Dart est situé au 6085, rue Sherbrooke Est. Il est connu aussi sous le nom de Grace Dart Home Hospital, Grace Dart Extended Care. Le bâtiment est de 4 étages hors-sol. L’architecte-concepteur est D.R. Brown et sa construction s’est poursuivit de 1930 à 1932. Henry Dart, dont la fille ‘Grace’ est atteinte de tuberculose, fonde l’hôpital Grace Dart en 1907. Le Centre se consacre donc aux personnes atteintes de cette maladie jusqu’à ce que cette maladie fut enrayée. - Depuis 1965 - l'établissement est devenu un centre de soins à logue durée.
Dans le même secteur, on y retrouve aussi Banque fédérale de développement, le Bureau du commissaire du travail, le Service des sports et loisirs et les Restaurants L'Adresse et St-Hubert.
Un petit mot aussi sur la prononciation de « Cadillac » : les français prononcent « kadi-yak » et les américains, « kadi-lak ».
Lise Jolin
Sources :
Ancestry.ca
BMS2000
CGFA
Family Search
PRDH
http://en.wikipedia.org/wiki/Antoine_Laumet_de_La_Mothe,_sieur_de_Cadillac
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Lamothe-Cadillac http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9troit_(Michigan) http://www.civilization.ca/mcc/explorer/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/antoin e-laumet-dit-de-lamothe-cadillac2
http://www.crccf.uottawa.ca/passeport/I/ID2/ID2b02-1.html http://www.francoidentitaire.ca/ontario/texte/T0204.htm
http://www.ropfo.ca/rfo/laumet.html http://www.stm.info/metro/m21.htm
http://www3.cmaisonneuve.qc.ca/icp/tpc-marchedutravail.shtml (Institut de Pétrochimie)
Mots-clés: Détroit Fondation Guyon